1. Swann, une politique de l'auto-émancipation

    11, c'est le nombre de jour écoulé depuis que Monsieur Swann a soufflé sa deuxième bougie. 11 jours c'est aussi la durée d'une lutte d'interpellation de la bureaucratie parentale qui s'est vu contrainte d'accompagner la croissance de leur enfant. Rencontre.

    La rebellions a commencé lorsque Swann atteint ses deux ans. L'objet de la fronde ? Le refus du lit à barreau. Monsieur Swann fit monter la pression rapidement en réussissant une série d'évasion, systématiquement réussites ; organisant l'occupation du lit de son frère et perturbant la marche normale du sommeil familiale et obligeant in fine ses parents à entendre ses revendications.

    Interrogé sur ses motivations, Monsieur Swann nous confia vouloir avant tout "extraire définitivement l'enfance des pratiques et dispositifs pensées pour les prisons". Il nous explique une exception culturelle, cette tolérance française pour les sanctions physiques sur les enfants, tandis que - tout comme dans l'ensemble des pays démocratique - elles sont interdites pour les détenus. Même si le gouvernement Hollande a introduit une interdiction formelle, sans sanction pour les parents contrevenants. Puis de revenir sur sa révolte contre les barreaux de son lit : "l'éclatant signe du refus de la reconnaissance de l'égalité civique des enfants" "Les barreaux, c'est la prison. La prison, les détenus, la privation, la culpabilité. L'amalgame est stigmatisant". Monsieur Swann dit lutter pour les enfants du monde entier : "si la liberté, l'égalité, la fin de l'oppression et de l'exploitation des hommes et femmes ne sera vraiment possible que sous le communisme, à l'inverse il n'y aura pas vraiment de communisme sans l'accession des enfants à ces mêmes promesses émancipatrices."

    Quand on l'interroge sur ses inspirations et ses modèles, les yeux de Monsieur Swann se mette à briller tandis que sa bouche répond ce simple prénom "Jordi", chanteur star du début des années 90's avec plusieurs singles et albums en tête des ventes. Pour Swann c'est le premier d'entre eux s'être levé et à avoir scandé au monde "C'est dur dur d'être bébé" et de faire la lumière sur la condition enfantine.

    Questionné sur un possible sentiment de filiation entre sa révolte et celle de la jeunesse de 1968 dont nous sommes séparé aujourd'hui par 50 années tout rond, Monsieur Swann maintient une distance critique : "Ils disaient << l'imagination au pouvoir >> ; ils n'ont pourtant pas construit de pouvoir imaginatif pour remplacer les politiciens bourgeois. Ils ont par contre eu l'imagination pour se dévergonder - la seule chose que l'histoire a encore retenu comme influence durable dans la société." Après ces paroles tranchantes, Swann nuance et objective son analyse : "c'est hormonal, un travers de leur âge." Et de poser une perspective sans équivoque : seuls les jeunes enfants peuvent réaliser le mot d'ordre de "l'imagination au pouvoir" car leur imagination est sans borne, sans biais et sans obsession.


  2. Subjugué

    L’affichage à mon écran d’ordinateur du physique de mon meilleur ami d’enfance me surpris. Il me montrait sa photo le représentant actuellement alors que cela faisait des années, le tout début de notre adolescence, que nous ne nous étions revus. Sa croissance continué au Sud du continent, à la chaleur et à proximité de l’Océan, l’avait métamorphosé. Je le reconnaissais toujours à son expression du visage, ses yeux noisettes regardaient fixement l’objectif avec la volonté rectiligne dont il avait toujours fait preuve et sa bouche se tenait encore entrouverte comme c’était le cas à l’époque, une coupe de cheveux modernisé, un peu plus court et gellifié pour les faire pointer en l’air, avait rompu avec son portrait enfant sage de mèches coiffés sur le coté, bien plus jeune. Le garçon que je voyais n’avait cependant plus rien de celui que j’avais connu, son embompoint, objet de sarcasme et moquerie avait totalement disparu, sa carrure de nounours à laquelle mes bras peinait à faire le tour avait disparu. Il arborait dorénavant un corps musclé ; on devinait sous son tee-shirt moulant l’esquisse d’un damier abdominal, régulier et symétrique - prenant la place du ventre doux et lisse que j’avais connu autrefois - mais qui ne tombait pour autant pas dans la rigidité rugueuse et géométrique d’un athlète bodybuildé. Le soleil du Sud avait fait fondre sa carrure, mais par un procédé physico-alchimique ingénieux il avait renversé la chimie culinaire classique - là où toutes les recettes de grand-mères vous demandent de faire fondre des tablettes de chocolat en préparation d’une mousse, lui avait réussis l’opération inverse, une opération impossible : transformer son abdomen mousse en tablette de chocolat. Je comprenais maintenant comment ce garçon et ce physique ingrat autrefois moqué avait eu autant de succès avec les filles qu’il le prétendait ; et maintenant c’est moi qui fondait : "Ce que t’es beau!"

    J’étais cependant loin du compte avec une photo dont l’angle était quelque peu trompeur car quand je le revis de chair et d’os je n’avais pas pensé qu’avec son affinement sa stature eu aussi changé. Il était grand. Terriblement grand. Il était devenu tellement autre chose, tellement homme, tellement respectable, impressionnant, saisissant et séduisant. Il avait toujours été plus grand que moi, mais peu avant son déménagement, ma croissance s’était accélérée au point d’entamer un rattrapage assez rapide de sa taille. Lui-même s’était toujours tenu, conscient de sa taille supérieur, de façon très proche de moi, protecteur. Ma brusque montée en centimètre ne lui fit jamais changé cette proximité qu’il maintint et à laquelle c’est moi qui fit les efforts pour m’adapter ; car si ma croissance eu été faite en quelques minutes, ce sont nos nez qui seraient venus se frotter l’un à l’autre, provoquant ainsi involontairement un baiser esquimaux entre nous. Sa posture, sa proximité, avait été le sujet de nombreuses remarques et collibets dans nos jeunes années; nous semblions trop proches ; anormalement trop proches ; mais de nous deux c’est lui qui concentrait le plus l’attention - il avait des manières un peu exaspérantes pour nos ancien-ne-s camarades ; il passait pour quelqu’un d’orgueilleux et prétentieux, un peu condescendant dans sa manière de pratiquer ce fameux métier d’élève qu’il incarnait en s’appropriant à la perfection tous les codes et les attentes de l’institution scolaire. Il semblait qu’en d’autres contrés, ses camarades eurent un avis tout à fait différent vis à vis de ces attitudes qui sont passés de défauts à qualités ; la réussite scolaire et donc le suivis d’une éthique scrupuleusement conforme aux attentes devenaient gages de réussites sociales, de stabilités financières et professionnelles : son orgueil était devenu une échelle d’exigence et sa prétention une ambition ; tout cela concourrait à le rendre désirable par l’avenir qu’il était promis à partager avec l’élue de son coeur ; tandis qu’ici le comportement des élèves correspondaient à une adaptation de différentes techniques et stratégies leur permettant tantôt de respecter et correspondre aux objectifs données, tantôt de les subvertir ; a peu de choses prêts il aurait pu passer pour un fayot si le fayotage n’avait des exigences autrement supérieur desquels il se désintéressait partiellement. Mais il cherchait sans cesse à se faire voir et à se faire valoir - au point d’user de faire-valoir ? Il pourrait y avoir eu ce rapport de lui à moi ; je n’incarnais pas le même type d’élève que lui, sans être cancrelard ou médiocre, je jouais plutôt le rythme d’une régularité sans turbulence et sans distraction qui me rendait respectablement fréquentable sans menacer d’attenter à son terrain ; inversement j’aurais pu passer pour sa groupie - aussi chercha-t-il systématiquement à se présenter en tant que délégué de classe, projet où il ne cessa jamais de recevoir mon indéfectible soutien.

    Au dire des ragots de l’époque, cette proximité qu’il entrenait avec moi, la permanence de notre présence l’un à l’autre, laissait entendre que - du moins lui - éprouvait une attractivité singulière à mon encontre, ce qui le catégorisait comme homosexuel auprès de nombreux et nombreuses camarades collégiennes. En fonction des interprétations, on relevait derrière ma passivité soit une forme d’ignorante innoncence, soit un rapport moins (re)marqué mais réciproque - auquel cas j’étais son petit copain. Mes camarades de l’époque seraient surpris-es de devoir renverser les histoires générées par leur imagination débordante : mon ami était devenu un tombeur de premier ordre chez la gente féminine et maintenant c’est moi qui succombais à lui aussi. Bien que ma tête était tourné vers le haut pour m’adresser à son visage, je constatais que je pouvais dorénavant faire le tour de son corps avec mes bras, tandis que lui-même pouvais continuer à m’envelopper entièrement. je souhaitais juste me perdre dans les siens ; et tandis que nous nous rapprochions je remarquais combien son visage, à ma satisfaction, mainquait de pilosité ; je pouvais lui déposer des baiser sans cette sensation piquante et rèche de la barbe. J’étais charmé.


  3. Une journée comme ça

    Pour moi ce devait être mon dernier jour de la semaine ; bien que nous soyons lundi. J’avais en effet effectué mes vacations durant le week-end terminé. Notre manager était passé le samedi matin, faire des vérification sur notre assiduité. Il n’y a en effet personne sur le plateau, excepté nous, les pilotes d’exploitations, répartis en deux équipes. La vérification s’est d’ailleurs centrée sur mon équipe où nous sommes habituellement trois ; quelques « loupé » ont eu lieu précédemment : des retards répétitifs, un collègue de nuit contraint de faire deux heures de plus par le retard d’un collègue et l’absence d’un second sans aucune information. Le manager est passé. L’air de rien. Offrant pain au chocolat, croissant et chouquette. Ne posant aucune question ; constatant simplement l’absence de S. déjà coupable d’un précédent forfait ; avant de repartir.

    Une fois installé à mon poste, à 6h pile, mon collègue de nuit m’informe que la femme de M. a accouché. Il a appelé cette nuit pour informer qu’il prenait ces trois jours de paternité. D’après le planning, nous ne devions être que deux déjà, le troisième collègue prévu ayant posé congés.

    « J’ignorais que sa femme attendait un gosse. » dit mn chef d’équipe. Moi aussi. Mais je ne parle pas de vie privée avec mes collègues. Ma situation personnelle est « délicate » dans le cadre d’un environnement quelque peu machiste et viriliste. Au demeurant un collègue de l’autre équipe, peu attentif au propos, répondra « Ah ouai. Il m’avait montré des photos. C’était au mois de mars ou avril je crois non ? »

    La matinée déroule son cours habituelle.

    Le manager arrive et donne ses instructions pour le chef d’équipe à l’envoie d’un e-mail à S. concernant son absence non prévue, non-communiqué ni justifié de samedi. On s’attend à une douche froide sur S. pour qui c’est la deuxième fois qu’il dérape de la sorte selon mon comptage. Trois selon un collègue de nuit.

    Je vais prendre mon déjeuner à l’heure habituelle. Les alertes n’étant pas nombreuses pour que mon chef d’équipe non à l’aise avec le SI du client, puisse prendre le temps de les appréhender, si jamais il y en avait. A mon retour, il m’informe que S. ne sera pas là demain. C’est comme une esquive à problème. L’e-mail servait de mise en bouche. Cependant il n’y a personne d’autre puisque sur une équipe de cinq, deux sont en vacances et le troisième est – pour trois jours – en congés paternité. Il me demande si je peux me libérer demain. J’accepte, en insistant sur le fait qu’il s’agit d’un déplacement de mon repos prévu qu’il faudra donc replacer au plus vite. Convenu jeudi 29.

    Je pars à 14h, ma fin de service. Direction mon entretien d’embauche prévu depuis quelques jours, à Saint-D. Une demi-heure de route depuis mon lieu de travail d’après le GPS. En réalité avec la circulation, deux fois plus. C’est canicule en ce début de semaine. La température dépasse les 35°C d’après le thermomètre du véhicule. Je trouve une place assez rapidement dans une rue voisine, quoique payante. Mais j’ai pris l’habitude. Je vais au parcmètre et paye ma place en estimant la durée de mon entretien à une heure. Quelques difficultés à comprendre l’interface de la machine qui a en plus le toupet de me demander ma plaque d’immatriculation ! Nulle doute que ça finira dans un big data. J’enfonce ma carte au moment demandé. Je paye. Et j’attends le ticket. La machine me demande de retirer le ticket fraichement imprimé. J’attends. L’interface revient à l’écran initial. Pas de ticket. Un monsieur constate l’affaire ; il attendait lui-même pour payer sa propre place. « Ça ne marche pas on dirait. Bon, je vais chercher un autre parcmètre. » Or de question que je l’imite. J’ai payé et de façon sûr je suis tracé ; j’ai ma conscience pour moi et l’entité (entreprise ou institutionnelle) gérant ces places mon argent.

    J’entre dans la boite de recrutement. Une nouvelle fois on me fournit une fiche standart de la société où rentrer mes renseignements, pour le 3/4 déjà connu par cette entreprise puisqu’issu de mon CV ou profile sur les sites de recrutement. Vient l’entretien. L’échange habituel s’engage du coté des recruteuses qui présentent leur entreprise ; ensuite c’est moi.

    J’avais postulé pour un poste de technicien support informatique. Certainement pas bien décrit, mais avec un intitulé qui signifie quelque chose et qui correspond à ma recherche. « Si on a souhaité vous rencontré, c’est pour vous proposer un poste de technicien d’exploitation ». Super. Je ne viens donc pas pour un poste auquel j’ai candidaté, mais pour un poste similaire à celui que je cherche à quitter. « C’est un poste en 3x8 ; situé à N. » Précisément dans la même ville où je travaille ! « Il s’agit de la société E. vous connaissez ». « Oui. Enfin… j’ai des collègues qui y ont travaillé ». « Qu’en pensez vous ? ». J’aurais pu déraper et aller trop, pas parce que j’ai retenu ma langue mais parce qu’elles m’ont coupé la parole : « ben, déjà je ne peux pas travailler de nuit ; la médecine du travail me l’interdit à cause de mes troubles du sommeil. » C’est là que ça s’est arrêté. Ben oui c’était pas possible. C’était de toute façon pas le point d’achopement le plus important : le poste aurait pu être plus intéressant, à un autre endroit et avec des horraires normaux, la société E. m’a souvent été décrite comme « l’enfer sur terre » et les collègues qui y avaient travaillé n’ont jamais regretté leur départ… quand ils ne sont pas allés jusqu’au procès !

    « Ce que vous voulez c’est un travail avec des horaires de bureau et disposé de vos week-ends ? », un ton que j’ai cru hautain, genre je suis capricieux et demande quelque chose qu’il ne m’est pas admis de pouvoir espérer. Je demande la normalité. Leur normalité qui plus est. Décontenancé, je m’en défends vivement pour ne pas perdre la face. Absurde.

    L’entretien ce poursuit sur mes souhaits et mes attentes. J’exprime quelques idées de technicien réseau ou d’administrateur système – et inversement. On m’explique rapidement que je n’ai pas les compétences… Mais que par contre pour du helpdesk j’étais très bien, que ça passerai tout seul. Ça je le sais, j’ai fait 10 mois sur le plateau téléphonique d’une entreprise du CAC40 où la moitié de mes collègues n’avaient jamais eu de cursus formatif en informatique – et même une bonne proportion n’avait pas le bac. Apparemment j’ai du dépenser 900€ de ma poche et prendre des cours durant un an pour pas grand-chose.

    Je repars chez moi. Sentiment d’avoir perdu mon temps. Le temps continue cependant de se perdre sur la route. Une heure quarante cinq pour retourner chez moi ; toujours dans les bouchons et la chaleur d’un véhicule sans climatisation.

    Demain on me demandera à nouveau de sacrifier mon jour de repos prévu parce que S. a renvoyé un message indiquant qu’il serait absent. Arrêt maladie. Une habitude de certains pour prolonger leurs séjours. Et pour moi cinquième jour d’une séquence de dix sur laquelle je n’ai qu’un seul jour de repos. C’est légal monsieur le droit du travail ?


  4. Le pénis n'est pas un organe sexuel

    Il est souvent dit qu'un homme pense d'abord avec sa queue avant de penser avec son cœur. Autrement dit à satisfaire davantage ses pulsions sexuelles que de tirer sur la corde romantique, ou encore de faire preuve de tendresse.. Cette excroissance qu'est l'organe génital masculin est souvent vu comme un problème fondamentale de l'espèce humaine dans les rapports homme/femme. Les premiers constamment préoccupé des mouvements et enflures qui se manifeste inopinément dans leur pantalon, sans se rendre compte que le regard pénétrant des secondes se trouvent à hauteurs d'yeux.

    Le problème prend une telle ampleur que l'on parle parfois de « phallocratie », institution incarnant le pouvoir terrestre du Dieu phallus dont l'énergie cosmique – l'orgasnum – alimentent en grâce ceux qui y sont disposés. Mais un monde sans pénis est-il possible ?

    Relativisons immédiatement la dimension sexuelle du cinquième membre de la physiologie masculine. En dehors du rôle physiologique que la nature lui a attribué, c'est un formidable membre stimulant le développement intellectuel des bébés mâles.

    D'abord en dissociant et différenciant spatialement les organes d'évacuations des déchets corporels, il permet au petit être d'apprendre à différencier rapidement les types de besoins qu'il doi soulager et la priorité qu'il adjoint à chacun d'eux. D'où le développemetn précose d'un sens de l'organisation appréciable.

    La conscience du contrôle de ce cinquième membre,sa différenciation des autres besoins, lui permet donc de développer son sens de l'organisation. Non seulement l'organisation, mais aussi aiguiser son sens tactique. Tous les garçons ont un jour où l'autre relevé ce défis qui a fait le malheur de leurs parents : ouvrir le canon à eau dans l'espace intermédiaire qui sépare le retrait d'une couche avec la mise en place d'une autre.

    Ma grand-mère n'avait pas su différencier une envie de déféquer avec la venue au monde de mon père.

    Avant d'être un objet de satisfaction, le pénis est un objet d'apprentissage ; nous venons de le constater à propos de la naissance de la conscience tactique. Il convient maintenant de développer sur les autres capacités qu'il permet d'acquérir avec l'âge.

    Si le sens tactique est nécessaire pour remporter une bataille, la précision de tir n'est pas accessoire pour la mener à bout. Les parents non prévenus peuvent être abattus par surprise, mais un parent avertis, ou un tant soit peu sur ses gardes, ou du moins entrainés à effectuer des manœuvres vives, saura esquiver les tirs ennemis. L'apprentissage de la précision, du tir de précision, se fera donc dans un second temps. L'entrainement se passe généralement dans une pièce sans fenêtre, mais très claire et bien illuminés, possédant un cahier des charges d'hygiènes relativement rigoureux. Chauqe faux pas et chaque tir manqué peut devenir sujet à représaille de la part de l'autorité tutrice. En cas de raté, le suspect doit absolument penser à nettoyer les preuves de son infraction. Il est cependant rare qu'un criminel ne fasse pas d'erreur et il fini rattrapé rapidement par ces méfaits qu'il aura pourtant tenté de masquer tant bien que mal.

    L'histoire de l'hominidé est cependant bien plus grande que celle des égouts, et l'histoire des tribus nomades bien plus importantes que celle des des appartements munis d'un chauffage centrale à condensation. L'homme a historiquement beaucoup plus souvent uriné en extérieur qu'en intérieur. Et c'est en premier lieu bien pour ça que l'homo sapiens sapiens a inventé en premier lieu l'écriture (et inversement c'est parce qu'il n'urine plus à l'extérieur qu'il fini jeune idiot analphabète). C'est l'objet de notre troisième apprentissage.

    Le pénis, une fois que le titulaire de l'instrument ait confirmé ses talents de tireur d'élite, peut à la suite servir de marqueur. C'est une étape de l'entrainement qui est d'avantage organisé dans les période de l'année, ou du moins dans des endroits froids. Une matière première est ici indispensable : la neige. Une fois cette première condition remplit, il faut lui associé la seconde : une réserve urinaire complète au sein du sujet. Et le nouvel apprentissage peut commencer : l'écriture. Marquer son territoire de son prénom. Le roi Nabuchodonosor a aussi été en premier lieu célèbre pour maîtriser parfaitement l'exercice, malgré son prénom qui ne rentrerait même pas sur un damier de scrabble.

    A travers cet apprentissage en 3 étapes, nous retrouvons les 3 moments des conflits humains : 1/ l'aggression, 2/ la frappe, 3/ le traité de paix.


  5. La bonne excuse

    C'était le 31 décembre, dernier jour de l'année. Le temps était comme aujourd'hui : très froid. Ce froid faisait frissonner notre corps. Mais le soleil brillait dans le ciel. Un ciel dégagé de tout nuage, bleu clair. Le froid atteignait notre corps, mais la lumière du soleil savait réchauffer notre cœur.

    J'avais passé la journée ailleurs, en sortie, voir des camarades. Des camarades un petit peu ami-e-s d'ailleurs. Rien à voir avec l'arrivée de la « nouvelle année » non. C'était pour des choses moins exceptionnelles. Mais qu'importe. J'avais d'autres projets pour fêter ce nouvel an. Je revenais en début de fin de journée chez moi, vers 16h. Je justifie ainsi car à 17h le soleil est déjà bien bas est crépusculaire. Je suis revenu chez moi alors que la lumière de l'astre brillait encore fort. Fort du moins comme il peut le faire en hiver.

    Chaque déplacement est pour moi un voyage. Pourquoi n'ai-je que des relations qui habitent à Perpète-les-Oies ou à Pétaouchnok ? Ça me prend facilement plus d'une heure ; une heure et demi si ce n'est 2 quelque fois.

    Je revenais chez moi avec le sentiment d'une journée déjà bien remplie. Du moins bien écoulée. Des choses qu'il fallait faire, qui ont été faite. Des moments à partager qui ont été partagés. Du moins dans la limite de mes aptitudes sociales. J'ai un peu tendance à fuir les autres ; sur tout point de vue d'ailleurs : tant de la rencontre physique que de l'échange orale ou de l'écoute sensoriel. J'ai le défaut de rarement savoir ce que je veux : je me sens mal quand je suis entouré car je peine à trouver des repères comportementaux, savoir m'intéresser aux autres et entrer en empathie avec eux. Mais je me sens mal aussi quand je suis seul ; la solitude est l'amie qui offre une anxiété, si ce n'est une angoisse, existentielle et me rappelle toujours l'ineptie de mon existence. Pour une question d'équilibre, je cherche donc à savoir alterner les deux. Tantôt je me pousse à sortir de chez moi à la rencontre d'autres, tantôt je profite de moment de solitude pour m'égarer.

    Aujourd'hui finalement, j'avais fait mon pas vers les autres. Et j'étais embêtés de devoir à nouveau repartir. J'étais tout juste descendu du bus que je sentais déjà la douce chaleur de mon habitat me retenir pour la soirée. Oui. Je devais repartir 2h plus tard, peut-être moins, pour aller voir d'autres personnes, d'autres ami-e-s, d'autres proches – davantage dans le cœur que géographiquement – dans une fête où j'aurais une nouvelle fois peine à savoir où me mettre et m'enjouer avec la galerie. Généralement je tergiverse beaucoup et je pense à ce que j'ai à faire qui puisse avoir un peu d'importance, une espèce d'excuse, qui aura l'air légitime, pour ne pas venir. Mais je suis pris entre deux feux : je pourrais aller encore vers d'autres pourquoi pas ? J'avais peur de culpabiliser de ne pas l'avoir fait, tenter. Ça m'arrive souvent.

    Je descend ma rue. Je n'habite pas un quartier fourmillant d'activité. Quelques personnes semblent se promener. Le froid de les arrête pas car la lumière du soleil leur donne du courage. Tandis que j'entame la partie pentu que je descends, je croise un « couple » – en réalité un duo – de flics, une femme et un homme. L'homme s'exprime d'une manière forte, un peu bruyante. Il se plaint. Je peux entendre le contenu de la conversation qu'ils sont en train de tenir et je saisie un minimum de l'affaire dont ils discutent. Le policier est frustré de ne pas avoir eu assez d'élément pour coincer un criminel ; un autre homme coupable – d'après le policier – d'avoir tuer quelqu'un. Je continue ma descente tandis qu'eux – en sens inverse – remonte la rue.

    Plus bas un autre homme marche et se dirige dans la même direction que moi. Je ne vois que son dos. Il ne doit pas marcher très vite car la distance entre lui et moi ne cesse se rétrécir à mesure que que je me rapproche de ma maison. Soudain, j'entends le policier déjà croisé l'instant d'avant, piquer une colère et venir avec un pistolet qu'il tient comme un objet à montrer (c'est à dire pas dans une position qui permet de s'en servir). Après un instant d'inquiétude et de doute (j'ai cru qu'il en voulait après moi, que j'étais un suspect non appréhendé auparavant) il ne fait que me dépasser en ignorant totalement ma présence (comme quand on conduit et qu'on entend les sirènes de flics derrières nous, les représentations des séries – surtout américaines – peuvent nous faire douter sur le fait que ce soit nous qui avons commis une infraction en conduisant, jusqu'au moment où ils nous dépassent sans faire plus de cas). En fait c'est l'autre homme, un peu plus jeune que le flic, qu'il cherche à interpeller. Il le rattrape à son niveau et lui montre l'arme comme étant celle qui a servis de moyen du meurtre ; et il accuse l'homme d'être le meurtrier et que ceci soit son arme.

    Je suis à peine à quelques mètres d'eux sans trop savoir comment réagir, si ce n'est que ce n'est pas mes affaires. Je trouve le policier un peu « cow boy » ; le genre de flic qui fait de ses enquêtes des affaires personnelles et par conséquent se laisse quelque peu débordé par ses passions. L'autre homme ne reconnaît pas la légitimité ou la légalité du comportement du flic vis à vis de lui. Il repousse ses accusations, verbalement, mais aussi d'un geste physique qui bouscule un peu le policier. Et dans ce geste qui servait surtout de dénégation des accusations il tape dans le pistolet que tenait le flic qui tombe alors à quelques mètres de moi. Les deux se jettent alors dessus. Le flic par peur que l'autre s'en serve contre lui, l'autre homme pour se sauvegarder de la folie du flic. Ils attrapent à deux l'arme qu'ils essayent de retirer de la main de l'autre. Leurs bras tendu, la mire orientée vers moi, un frisson me parcours l'échine. Dans leurs folies rien ne me protège de leur combat et des conséquences inconsidérés de leur acte. J'hésite concernant la direction à prendre. Tout ceci se joue en quelques petites secondes. Dans leur combat, l'arme va changer d'orientation et elle n'est face à moi que pour 1 ou 2 secondes au plus. Si je bouge, je risque de moins savoir évaluer sa direction et donc de moins m'en protéger. Je bougerais quand je serai sûr du chemin le plus approprié pour me réfugier chez moi. Chez moi, c'est à 20 ou 30 mètres !

    Mais au fond, à ce moment là, je sais très bien comment ma vie est fichu. Je connais ces propensions à attirer tel un aimant certains événements. La fin est écrite.

    Un coup de feu part. J'ai même pas su évaluer sur le moment si je devais m'en inquiéter pour m'en protéger ou observer que l'arme déviais légèrement de moi et qu'elle m'a loupé. Je me suis laissé tombé sur le sol, pronostiquant que c'était finalement l'endroit le moins dangereux. Je ne sentais rien de particulier, pas de douleur. Je n'étais pas touché en ce qui me concerne. Le policier maîtrise finalement l'individu. Et c'est au moment de me relever pour reprendre ma route que je me rends compte qu'en vrai je suis touché au coté droit de l'abdomen.

    Je ne me suis pas inquiété à ce moment là, ça ne faisait pas mal. J'étais incapable d'évaluer la gravité de ma blessure. Je ne sentais rien, d'autant plus que je pouvais bouger sans trop de difficulté. Ça pourrait cependant être rapidement assez grave ; et j'ignorais exactement les conséquences qu'auraient une telle blessure sur ma vie. Mais ça ne m'empêchait pas de me satisfaire que, pour trancher le dilemme de la soirée de ce soir, j'avais une bonne excuse.


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